Territoire et énergie

Autonomie ou réseau ?

Deux approches d’aménagement en réponse à la transition énergétique

Le développement de nouvelles ressources énergétiques est un défi que doit relever notre civilisation. En effet, le déclin annoncé des réserves mondiales de pétrole et la nécessité de réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère nous obligent à trouver des énergies alternatives moins polluantes.

Quelles solutions existe-t-il aujourd’hui ?

Cette étude présente deux aménagements innovants, précurseurs d’une nouvelle approche écologique du territoire s’efforçant d’en valoriser au mieux les potentialités :

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– Le premier site au Maroc, prévoit de produire de l’énergie solaire sur une superficie de plus de 3000 Ha à Ouarzazate, aux portes du désert.

– Le second site, El Hierro est une petite île des Canaries devenue autonome en énergie grâce à un système hybride qui couple éolienne et centrale hydroélectrique.

Les deux approches mettent en exergue des stratégies différentes, l’une en réseau prévoit d’alimenter le pays à grande échelle. L’autre a pour objectif l’autosuffisance d’un espace isolé et de taille limitée. Toutes deux tirent profit de la spécificité de leur territoire : topographie, climat, éléments naturels… Elles esquissent des réponses possibles pour un développement durable. L’étude de ces deux expériences vise à analyser les solutions explorées.

En effet, quel est leur impact sur le paysage?
Quelles connaissances techniques dans l’art de bâtir et d’aménager le territoire mettent-ils en œuvre ? On pourra aussi s’interroger sur l’acceptabilité par les populations locales de ces grands projets ambitieux qui, forcément, vont mobiliser les ressources financières importantes mais aussi transformer les paysages environnants.

Le premier voyage au Maroc a pour objectif la découverte du site NOOR. Il s’agit d’un complexe solaire à grande échelle, dont le modèle pourrait s’étendre à d’autres régions du Maroc voir d’autres pays d’Afrique. Ce projet est développé par la société MASEN basée à Rabat. (Moroccan Agency for SolarEnergy).

Le second site, El Hierro, une petite île espagnole de l’archipel des Canaries situé à l’ouest du Maroc. Une politique d’aménagement du territoire est menée depuis plusieurs années afin de rendre l’île autonome en énergie. Les élus locaux ont choisi de diversifier les sources de production d’énergie pour subvenir aux besoins de l’île. « Sous l’impulsion de Tomas Padron, ingénieur électricien et figure politique locale, l’île s’est dotée d’un ensemble unique, à la fois pour la préservation de la biodiversité et pour la production d’énergie : dès cette année, l’électricité y sera essentiellement produite de façon renouvelable et sans émission de dioxyde de carbone, cela sans qu’un raccordement à un réseau continental permette de gérer l’intermittence des énergies renouvelables ; ce sera la seule île au monde dans ce cas. »

Relever ce défi est un enjeu crucial, notre génération est déjà confrontée au changement climatique… Chaque jour l’énergie devient un peu plus chère, et malgré l’annonce du « pic oil », point maximum de la production mondiale de pétrole à partir duquel les réserves de pétrole commencent à diminuer, la transition peine à s’amorcer… Il devient urgent de penser à des sources d’énergie respectueuses de l’environnement, qui contribuent à réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère responsables du réchauffement climatique.

À quand remonte l’Anthropocène, la période à partir de laquelle l’influence de l’homme sur le système terrestre est devenue prédominante ? Si les scientifiques en débattent encore, le fait est que l’humanité est parvenue à un tournant de son histoire. Pour la première fois elle va devoir apprendre à gérer sa présence et ses capacités de transformation de l’environnement planétaire.

Depuis le premier choc pétrolier de 1973, les crises énergétiques et climatiques successives sensibilisent peu à peu les consciences au fait que les ressources naturelles sur terre ne sont pas inépuisables. Ce changement de paradigme est récent, le concept de « développement durable » est évoqué à l’ONU pour la première fois en 1987. Le rapport du GIEC, groupe d’experts intergouvernemental chargé d’étudier le climat à l’ONU, établit alors le lien entre l’activité humaine et le réchauffement climatique. Issu de ces recherches, le protocole de Kyoto, signé en 1997 vise à réduire les gaz à effet de serre et marque un tournant dans la volonté de lutter contre le changement climatique.

Pour les architectes et les urbanistes ces nouvelles considérations interviennent directement dans l’aménagement des grands territoires et la recherche d’un équilibre entre ville et nature.

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Dans cette prospective, Rem Koolhass propose un projet utopique à l’échelle européenne appelé roadmap 2050. Il s’agit de réaliser une carte qui envisage d’adapter les énergies renouvelables selon les spécificités de chaque pays et région d’Europe, vent et éolienne au nord, soleil et énergie solaire pour les pays du sud, biomasse, énergie hydraulique ou géothermie pour d’autres, chacun produisant selon sa géographie dans un réseau à grande échelle, fiction ou réalité ?

Dans cette même lignée, le projet «Desertec» propose un réseau de production et de distribution d’électricité grace à une succession de centrales solaires dans le désert du Sahara qui permet d’alimenter d’autres pays en énergie.

« Desertec est le nom d’un concept éco-énergétique de grande envergure qui prévoit l’exploitation du potentiel énergétique des déserts afin d’approvisionner durablement toutes les régions du monde en électricité verte. Un réseau de super centrales solaires (paraboles solaires) serait implanté dans les pays de la ceinture saharienne. Le courant produit serait ensuite transporté par des lignes à haute tension posées au fond de la Méditerranée. »

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Desertec reste difficilement réalisable aujourd’hui au vu des tensions politiques entre les différents pays du Maghreb mais également au regard des avancées techniques. Le coût et la complexité des travaux ne permettent actuellement pas que le projet soit rentable… Mais qui sait, si demain, avec une augmentation du prix des énergies fossiles : gaz, pétrole et hydrocarbures, ce projet ne devient pas une solution plausible pour les pays du pourtour méditerranéen ?

Cette transition énergétique, ou l’annonce de la « troisième révolution industrielle » prophétisée par Jeremy Rifkin semble encore utopique, pourtant des innovations concrètes voient le jour.
C’est le cas des deux projets étudiés ici, la centrale solaire NOOR au Maroc et le dispositif d’autosuffisance énergétique de l’ile d’El Hierro.

Tout deux proposent des aménagements du territoire innovants, permettant d’apporter une première réponse à la recherche de nouvelles sources d’énergie non polluante. Ils proposent une réflexion constructive à l’échelle du territoire et des sociétés qui y vivent en utilisant les ressources locales et leur capacité à produire de « l’énergie verte » grâce aux ressources naturelles existantes. Les spécificités et les atouts d’une région jusque là isolée et désertique apparaissent ainsi sous un jour nouveau.

De façon plus nuancée, les deux projets explorent cependant des pistes relativement différentes : le premier envisage une production destinée à alimenter des villes et des populations éloignées. Le second se fait dans une perspective autarcique directement liée à la satisfaction des besoins des populations vivant autour.

*

Autonomy or network?
Two planning approaches in response to energy transition.

The development of new energy resources is a challenge that must be taken up by our society.
In fact, the announced decline of the world’s oil reserves and the necessity of reducing CO2 emissions in the atmosphere compel us to find other less polluting alternatives.

What are the concrete solutions that exist nowadays?

This study presents two innovative arrangements, precursors of a new ecological approach of the territory, endeavoring to highlight its potentials:

– The first site in Morocco plans to produce solar energy in the Sahara desert.
– The second site, El Hierro is a small island of the Canary Islands which became autonomous in energy thanks to a hybrid system coupling wind power with hydroelectric power.

These two approaches highlight different strategies, the first one in network plans to supply a large-scale country. The second one anticipates the sufficiency of a limited isolated territory. Both strategies benefit from the specificity of their territory, topography, climate, natural elements … They outline possible answers for a sustainable development. The study of these two experiments aims at analyzing the investigated solutions.

In fact, what is their impact on the landscape?
What technical knowledge in the art of building and territory development do they implement? We can also question the acceptability of these large ambitious projects by the local populations, which will necessarily mobilize the financial resources and transform the surrounding landscapes.

The first trip to Morocco aims at discovering the NOOR site. It is a solar power plant, whose model could be expanded to other African countries. This project is developed by MASEN (Moroccan Agency for Solar Energy), a company based in Rabat which anticipates on the long run the development of several sites in the country.

The second site, El Hierro, a small Spanish island of the Canary archipelago located to the west of Morocco. A regional planning policy has been carried out for several years in order to make the island autonomous in energy. The locally elected officials have chosen to diversify the sources of energy production in order to meet the needs of the island. «Under the leadership of Tomas Padron, an electrical engineer and a local political figure, the island is endowed with unique sets, both for the preservation of biodiversity and energy production: starting from this year, electricity will be mainly produced on a renewable basis without carbon dioxide emissions and with no continental connection network allowing to manage the intermittence of renewable energies; it would be the only island in the world with such features. »

Meeting this challenge is a critical issue, our generation is already facing climate change… Every day, energy becomes more expensive, and despite the announcement of the «pic oil», the maximum point of world oil production from which the oil reserves will start decreasing, the transition is struggling to start… It becomes a must to think about energy sources that are environmentally friendly, and that contribute to reducing CO2 emissions in the atmosphere, responsible for global warming.

To which time dates back the Anthropocene, the period starting from when the influence of men on the earth system became predominant? If scientists are still debating about it, it’s due to the fact that humanity has reached a turning point of its history. For the first time, humanity will have to learn to manage its presence and its processing capacities of global environment.

Since the first oil crisis in 1973, the successive energy and climate crises are gradually raising awareness of the fact that the natural resources on earth are not inexhaustible. This paradigm shift is recent, the concept of «sustainable development» was mentioned in the UN for the first time in 1987. The IPCC report, Intergovernmental Panel in charge of studying climate change in the UN, establishes then the link between human activity and global warming. As result of these researches, the Kyoto Protocol was signed in 1997, aiming to reduce greenhouse gas emissions and mark a turning point in the willingness to struggle against climate change.

For architects and town planners, these new considerations are directly involved in the development of large territories and the search for a balance between city and nature.

In this prospective, Rem Koolhaas proposed a utopian project at the European scale called roadmap 2050. Its principle is to produce a map which considers adapting renewable energies according to the features of each country and region in Europe, the wind and wind power in the North, the sun and solar energy for southern countries, biomass, water powers or geothermal energy for other countries, each one will be producing according to its geography on a large-scale network, fiction or reality?

Similarly, the «Desertec» project proposes a network of electricity production and distribution thanks to a series of solar power stations in the Sahara Desert, which enable other countries to be supplied with energy.

«Desertec» is the name of a large-scale eco-energy concept which predicts the exploitation of the desert energy potential in order to permanently supply all the regions of the world with green electricity. A network of excellent solar power stations (solar satellite dishes) would be implemented in the countries of the Saharan belt. The electricite production would be subsequently carried out by high voltage lines placed in the bottom of the Mediterranean. »

Desertec is still difficult to achieve today, given the political tensions between the different countries of the Maghreb as well as the technical developments. The cost and complexity of the work do not currently allow the profitability of the project… But who knows if tomorrow, with an increased price of fossil fuels: gas, oil and hydrocarbons, the project may become a plausible solution for Mediterranean countries?

This energy transition, or the announcement of the «third industrial revolution» prophesied by Jeremy Rifkin still seems utopian, yet concrete innovations have seen the light.

This is the case of the two projects studied here, the NOOR solar power station in Morocco and the energy self-sufficiency arrangement of El Hierro Island.

Both projects offer innovative territory planning, providing an initial response to the search for new sources of non-polluting energy. They provide a constructive thinking throughout the territory and societies living there by using local resources and their ability to produce «green energy» thanks to the actual natural resources. The particular features and assets of a region previously isolated and deserted thus have a different aspect.

In a more nuanced way, however, both projects are relatively exploring different tracks: the first one is considering a production intended for supplying distant cities and populations. The second one is carried out in an autarkic perspective directly related to satisfying the needs of the surrounding populations.

*

Une course à l’innovation s’annonce entre les pays …

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